L’errance d’une présence !
Westevenson CLOVIS
Auteur(trice) certifié(e) Asso FLECH
Hier encore, les silhouettes gravaient les collines comme des bateaux fous en devenant redoutables. Il y a toujours ces détours, ces actes manqués, ces déroutes qui résonnent comme une folie nécessaire. La vie impose son ordre: il faut partir à l’aube. Soudain, un enfant devance l’aube, il ouvre la porte sur la nuit, et il parle au soleil au plus profond de l’hiver. Un avant-jour inouï des saisons sauvages. Paradoxe ! Et la vie intervient dans ce contexte-là. Des passions hyperboliques déchirent le temps, comme cette femme abandonnée et emmitouflée dans le manteau du chagrin qui attend le retour de son mari, condamné à mort. Elle, pourtant, reste. Drapée dans son chagrin, elle attend un mari condamné à ne jamais revenir. Son quotidien est un rituel d’ombre: nettoyer, ranger, préserver l’illusion d’une présence. La pluie l’a lavée de sa jeunesse, volé son éclat, mais une flamme subsiste, inaltérable. Elle erre à Sarcelles, là où elle fait son antre, entre les rues et les supermarchés, fidèle à son absence. Il se passe quelque chose de secret et de silences complices. Tout cela est périssable; mais avec une frivolité ininterrompue dans le sens que rien ni personne et même l’éternité ne peut détruire ce goût de partage, de folie, d’échange, de passion et d’amour si bien enfoui en elle.
Pour les gens normaux, c’est un non-sens. Si elle est là, ce n’est ni le retour ni le visage de son mari qui le tient, mais l'espoir de donner un sens au non-sens de la vie. Et à plus forte raison, un monde déchiré et cassé par l’accumulation. Elle est broyée par le dispositif. À quel moment a-t-elle compris que les arbres comme les animaux sont broyés par l’industrialisation et la modernisation ? Elle pense à tous ses chemins parcourus, refusant de prendre la route en sens inverse.
Conquérir la violence, le racisme, l'exploitation n’est chose facile pour personne. C’est son visage toujours crispé qui envoie un chant aux oiseaux. Et le chant traverse l’horizon, de la mer au ciel, il contourne tout le bleu pour frôler la méditerranée. Ah Méditerranée ! Lieu de toutes les rencontres. Lieu de la torture, de la guerre, de la peste et des turpitudes.
C’est ce chant d’amour qui peut la transformer en une terre de consolation pour cet enfant qui pleure sur l’oreiller sale tous les soirs de l’été. Si on parle d’été, c’est le temps du voyage, des vacances et des petites folies d’amour. Chez cet enfant, le pain ne rentre pas. Pour ceux et celles qui regardent, la vie est injuste.
C’est là qu’on pense aux haïtiens et haïtiennes. Passionné.es de la liberté, de la justice et d’une vie ou le monde doit à la vie. On entend FLECH à la porte : association d’étudiant.es haïtien.es, micro-résistance, nouveau souffle. Si FLECH ne peut contribuer à basculer l’ordre de la domination et de l’oppression, il n’a pas sa raison d'être. C’est lui qui doit sauver cet édifice : un monde juste. Pour ces membres, ils traversent des tracés pour fuir la violence politique, le kidnapping et toutes les formes de violence criminelle. Pour n’importe qui d’autre, il est inconcevable de penser à la méditerranée. Pardi ! Nous devons ça au monde, et à plus forte raison, à nous. Nous qui sommes exterminé.es et exilé.es, très loin du courant de la diaspora. Car cette dernière fait sa route sans la miséricorde du père, Dessalines le grand : le père de la liberté.
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